Save the Cat pour un roman : les 15 temps adaptés à 80 000 mots
Save the Cat appliqué à un roman, c'est une liste de quinze temps placés à des positions fixes du texte, en pourcentage : le déclencheur à 10 %, le point médian à 50 %, le « tout est perdu » à 75 %, le passage au troisième acte à 80 %. Sur un roman de 80 000 mots, chaque pourcentage devient un budget de mots, et c'est ce budget qui rend la méthode utilisable au moment d'écrire. La méthode vient du scénario (Blake Snyder l'a écrite pour le cinéma) et Jessica Brody l'a transposée au roman. En anglais, Savannah Gilbo et Reedsy en ont fait des dizaines d'articles ; en français, on trouve surtout des traductions de la liste. Voici les quinze temps avec leur position, leur budget de mots, un exemple rempli sur un roman inventé, et une section franche sur les romans que cette grille abîme.
Les 15 temps, en pourcentage et en mots
Les positions sont celles de la version roman de la méthode. Les budgets sont calculés pour 80 000 mots ; pour 100 000 mots, multiplie par 1,25.
| Temps | Position | Mots (sur 80 000) | Ce qui doit s'y passer |
|---|---|---|---|
| 0 à 1 % | 0 à 800 | Le héros dans son état de départ, en une scène |
| vers 5 % | vers 4 000 | Quelqu'un dit au héros ce qu'il devra apprendre ; il n'écoute pas |
| 1 à 10 % | 800 à 8 000 | Le monde ordinaire, ce qui cloche, les personnages à venir |
| 10 % | 8 000 | L'événement qui rend le retour impossible |
| 10 à 20 % | 8 000 à 16 000 | Le héros hésite, refuse, pèse |
| 20 % | 16 000 | Le héros choisit, et entre dans un monde nouveau |
| vers 22 % | vers 17 600 | Le personnage qui porte le thème entre en scène |
| 20 à 50 % | 16 000 à 40 000 | Ce pour quoi le lecteur a ouvert le livre |
| 50 % | 40 000 | Fausse victoire ou fausse défaite ; les enjeux montent |
| 50 à 75 % | 40 000 à 60 000 | Tout se dégrade, dehors et dedans |
| 75 % | 60 000 | Le point le plus bas, souvent une mort (réelle ou symbolique) |
| 75 à 80 % | 60 000 à 64 000 | Le héros digère la perte |
| 80 % | 64 000 | L'idée qui réunit intrigue A et intrigue B |
| 80 à 99 % | 64 000 à 79 200 | Le plan, l'exécution, la surprise, le vrai combat |
| 99 à 100 % | 79 200 à 80 000 | Le miroir de l'image d'ouverture, transformée |
Deux remarques sur ce tableau. La promesse du sujet occupe 30 % du roman à elle seule : c'est là que la plupart des premiers jets s'affaissent, parce que l'auteur n'a prévu qu'une ou deux scènes pour 24 000 mots. Et le point médian est le seul temps qui ne se déplace jamais ; s'il arrive à 35 % ou à 62 %, ton roman a un problème de proportion avant d'avoir un problème d'intrigue. Comment le construire est le sujet de le point médian qui change tout.
Un exemple rempli : « L'Accordeuse »
Roman inventé, 80 000 mots visés. Élise, accordeuse de pianos, hérite du magasin de musique de son père à Nantes, criblé de dettes, avec un employé qu'elle ne connaît pas et une commande impossible : restaurer un piano de concert pour un festival dans quatre mois.
| Temps | Mots | Contenu |
|---|---|---|
| Image d'ouverture | 0 | Élise accorde un piano droit dans un appartement vide, seule, sans musique |
| Thème énoncé | 4 000 | Le notaire : « Votre père disait qu'un instrument se répare à deux. » |
| Déclencheur | 8 000 | La lettre de la banque : trois mois pour vendre ou rembourser |
| Passage à l'acte II | 16 000 | Élise accepte la commande du festival au lieu de vendre |
| Intrigue B | 17 600 | Tomas, l'employé, refuse de travailler avec elle, puis reste |
| Point médian | 40 000 | Le piano sonne enfin ; le lendemain, la table d'harmonie se fend |
| Tout est perdu | 60 000 | Tomas part ; le festival annule la commande |
| Passage à l'acte III | 64 000 | Élise comprend qu'elle a accordé le piano seule, comme toujours |
| Image finale | 80 000 | Élise et Tomas accordent le piano restauré, à quatre mains, dans la salle pleine |
Ce qui manque dans ce tableau, exprès : le débat, la promesse du sujet, les ennemis qui se rapprochent. Ce sont des zones, pas des points, et elles se remplissent chapitre par chapitre dans un plan complet, comme celui montré dans le plan de roman de A à Z. Save the Cat donne les piliers ; le plan de chapitres donne les murs.
Pour voir comment une zone se remplit, prends le débat de « L'Accordeuse », entre 8 000 et 16 000 mots. Trois chapitres : Élise fait visiter le magasin à un acheteur et cache le piano de concert sous une bâche ; elle retrouve les carnets de son père et découvre qu'il avait déjà commencé la restauration ; elle appelle le festival pour refuser et raccroche avant qu'on décroche. Trois scènes, trois façons de dire non, et un oui qui se prépare sans être écrit. C'est ce que le débat demande : pas une hésitation racontée, des refus mis en scène.
Comment l'appliquer dans le gabarit de l'atelier
Dans Sagoræ, le plan de Dédale propose un gabarit Save the Cat : quinze fiches pré-positionnées, avec le budget de mots calculé à partir de l'objectif du roman. Tu remplis chaque temps en une ou deux phrases, puis tu crées les chapitres entre les piliers. Quand un chapitre dépasse son budget, Dédale le signale ; quand le point médian glisse à 58 % parce que tu as ajouté trois chapitres dans la promesse du sujet, il te le montre aussi. Il ne réécrit rien et ne remplit aucune fiche : il compare ce que tu as écrit à ce que tu avais prévu.
D Dédale · Architecte du récit Démo pré-enregistrée
Dédale met le plan de « Ce que la mer rend » à l'épreuve
Dédale
Ton impression est juste, et le plan dit pourquoi. Entre le chapitre 9 et le chapitre 22, Maud cherche. Chercher n'est pas un événement : c'est un état. Rien ne l'empêche de chercher pendant treize chapitres.
Je te pose trois questions, pas de réponse à ma place :
- Où est le point médian ? Quelque chose doit rendre le retour en arrière impossible vers le chapitre 14. Un repreneur qui signe, puis se rétracte ? Une découverte sur le père ?
- Que veut Jonas ? Il apparaît à l'acte II sans objectif propre. Un personnage qui ne veut rien ne crée pas de conflit, il crée une pause.
- Pourquoi la conserverie brûle-t-elle ? Si c'est un accident, le climax arrive de l'extérieur. Si c'est la conséquence d'un choix de Maud à l'acte II, tout le milieu se tend d'un coup.
Dédale
Alors ton acte II vient de trouver sa colonne vertébrale : Maud a besoin de l'argent de l'homme qui veut détruire ce qu'elle essaie de sauver. Ton point médian s'écrit presque seul (elle signe, ou elle refuse de signer), et l'incendie du chapitre 23 change de nature selon qui tient l'allumette.
Je ne mets rien à jour : c'est ton plan. Ajoute la ligne « Jonas = repreneur » dans les chapitres 9 à 16 et regarde ce que chaque chapitre doit maintenant contenir.
Simulation pré-enregistrée. Dédale ne rédige jamais : il questionne la charpente du roman et laisse l'auteur décider.
Une façon de travailler qui fonctionne bien : remplir d'abord les cinq temps fixes (déclencheur, passage à l'acte II, point médian, tout est perdu, passage à l'acte III), écrire un premier jet, et ne remplir les dix autres qu'au moment de la relecture, pour vérifier. Employée ainsi, la méthode devient une grille de lecture plutôt qu'un cahier des charges. C'est la même logique que pour le voyage du héros, utile ou cliché ? : ces modèles servent mieux à relire qu'à inventer.
Save the Cat, trois actes ou cinq actes ?
Les trois grilles sont compatibles. Save the Cat est une structure en trois actes avec des points nommés à l'intérieur de chaque acte ; la coupure à 20 % et celle à 80 % sont les frontières d'actes classiques. La structure en cinq actes ajoute deux frontières, autour du point médian, et convient mieux aux romans où le milieu contient sa propre montée et sa propre chute. Le détail des deux, avec un même plan présenté dans chaque grille, est dans trois actes ou cinq actes, colonne par colonne.
| Besoin | Grille conseillée |
|---|---|
| Roman de genre (thriller, romance, fantasy) avec un lectorat qui attend des temps précis | Save the Cat |
| Roman à deux mouvements symétriques (avant/après une rupture) | Trois actes |
| Roman choral ou saga à plusieurs montées | Cinq actes |
Quand la méthode étouffe un roman
Save the Cat est née pour des films de deux heures qui doivent tenir un public en salle. Elle suppose un héros unique, un désir clair, un antagoniste, une transformation. Trois cas où elle nuit.
Le roman littéraire à tension faible. Un roman qui avance par accumulation (une saison dans une maison, une vie racontée par fragments) n'a pas de déclencheur à 10 % ni de « tout est perdu » à 75 %. Le forcer, c'est ajouter un événement que le livre ne demande pas, et le lecteur le sent : la scène sonne rapportée.
Le roman à plusieurs points de vue. Quinze temps pour un héros, c'est net. Quinze temps pour quatre narrateurs, c'est soixante cases, ou quatre romans qui se marchent dessus. Là, une structure en cinq actes par fil, posée dans une grille chapitres par fils, tient mieux.
Le roman où le thème est la question, pas la réponse. Save the Cat veut que le thème soit énoncé à 5 % et démontré à 80 %. Certains romans finissent sans trancher, et c'est leur force. Si ton image finale est une question ouverte, saute le temps 2 et ne t'excuse pas.
Dans ces trois cas, garde une seule chose de la méthode : le point médian à 50 %. Même un roman sans intrigue a un milieu, et le lecteur le sent quand il n'y est pas.
Questions fréquentes
Save the Cat fonctionne-t-il pour un roman ? Oui, pour les romans de genre à héros unique, en convertissant les pourcentages en mots. Pour un roman littéraire ou choral, garde seulement le point médian et la logique des trois actes.
Combien de mots pour chaque temps de Save the Cat ? Sur 80 000 mots : déclencheur à 8 000, passage à l'acte II à 16 000, point médian à 40 000, tout est perdu à 60 000, passage à l'acte III à 64 000. Les autres temps sont des zones entre ces piliers.
Faut-il remplir les 15 temps avant d'écrire ? Non. Les cinq temps fixes suffisent pour commencer ; les dix autres servent à relire le premier jet et à vérifier que le milieu tient.
Quelle différence entre Save the Cat et la structure en trois actes ? Save the Cat est une structure en trois actes avec des temps nommés à l'intérieur : les frontières d'actes sont les mêmes, à 20 % et 80 %.
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