Avant de vous demander quand vous devriez écrire, demandez-vous quand vous écrivez déjà, même par accident. C'est souvent ce moment-là — celui où vous avez ouvert votre brouillon trois fois cette semaine sans vous forcer — qui révèle votre vrai créneau.
L'aube : le créneau le plus puissant, le plus dur à tenir
Écrire avant que la journée ait commencé, c'est écrire dans un cerveau encore neuf, sans messages à traiter, sans urgences accumulées. La concentration est maximale, l'énergie aussi. Beaucoup d'auteurs prolifiques écrivent entre 5 h et 7 h du matin pour cette raison.
Le revers, c'est qu'il faut sacrifier autre chose pour s'y tenir : se coucher à 22 h, accepter de manquer les soirées sociales, vivre comme un boulanger. Si vous n'êtes pas naturellement matinal, forcer ce créneau vous épuisera en deux semaines. Si vous l'êtes, c'est sans doute le meilleur cadeau que vous puissiez faire à votre roman.
La pause déjeuner : le créneau honnête
45 minutes par jour, cinq jours par semaine. Vous écrivez dans un café, dans une salle de réunion vide, sur un banc. C'est le créneau favori des auteurs qui ont un travail prenant. L'avantage : il existe que vous le vouliez ou non, vous n'avez pas à arracher du temps à autre chose. L'inconvénient : il est court et coupé du reste de votre vie d'écrivain — pas le temps de relire, pas le temps de préparer.
Ce créneau marche très bien si vous arrivez en ayant déjà décidé la veille de quelle scène vous allez écrire. Sinon, vous passez 30 minutes à vous remettre dans le récit, et il vous reste 15 minutes pour produire.
La soirée : le créneau qu'on choisit, et qu'on perd
« J'écrirai après dîner. » Tout le monde dit ça. Quasi personne ne le tient. La soirée est le moment où votre énergie est la plus basse, vos défenses contre la procrastination les plus faibles, et la concurrence des autres tentations (séries, lecture, sommeil) la plus forte.
Si la soirée est votre seul créneau possible, soyez impitoyable : un horaire fixe, une porte fermée, pas d'écran allumé à côté. Et ne vous fixez pas plus de 45 minutes — la qualité chute après. Mieux vaut 30 minutes intenses qu'une heure et demie en pointillés.
Le créneau qui n'existe nulle part dans les livres
Le matin du week-end. Pour beaucoup d'auteurs adultes avec famille et travail, c'est le seul vrai créneau qu'ils tiennent. Deux heures le samedi et le dimanche matin, pendant que la maison dort encore. Ce n'est pas glamour, mais c'est ce qui fait la différence entre un projet qui avance et un projet qui dort.
Choisissez le créneau le plus probable, pas le plus idéal. Tenez-le huit semaines avant de juger. Et n'ayez aucun complexe à l'avoir trouvé là où personne ne vous l'avait conseillé.