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Retrouver ses souvenirs pour écrire : photos, lieux, objets et la méthode des cinq sens

Publié le 25 septembre 2026 · 5 min de lecture · Genres

Retrouver ses souvenirs pour écrire : photos, lieux, objets et la méthode des cinq sens

Pour se souvenir quand on écrit son autobiographie, on ne s'assoit pas devant la page en attendant : on va chercher le souvenir par un déclencheur extérieur (une photo, un lieu revisité, un objet, une odeur, une musique, un papier administratif), on l'interroge avec les cinq sens, et on le consigne dans une fiche de lieu datée avant de l'écrire en scène. La mémoire ne répond pas à l'ordre « souviens-toi de 1994 ». Elle répond à « l'odeur du lino dans le couloir de l'école ». Ces trois étapes précèdent le plan décrit dans écrire un livre sur sa vie.

Pourquoi les souvenirs ne viennent pas sur commande

Un souvenir n'est pas un fichier rangé par date. C'est un réseau : une image accrochée à une odeur, accrochée à une peur. Tire sur la date, rien ne vient ; tire sur l'odeur, tout suit. Les six déclencheurs sont six façons de tirer sur le bon fil. Pour l'exemple, on suit Élise, née en 1968, qui écrit sur la maison de ses grands-parents à Lorient.

Les six déclencheurs

La photo

Prends une seule photo, pas l'album. Regarde ce qui est hors cadre : qui tenait l'appareil, ce qu'il y avait à gauche, ce qui s'est passé juste après. Élise a une photo d'elle à sept ans sur le perron. Ce dont elle se souvient, ce n'est pas le perron : c'est que son grand-père, derrière l'appareil, venait de lui dire de ne pas sourire « comme une idiote ».

Le lieu revisité

Retourne sur place si tu le peux, ou dans une vue de rue en ligne. Compte ce qui a changé : c'est la liste des changements qui fait remonter l'état d'avant. La maison de Lorient a un portail neuf. Élise se souvient donc du vieux, vert, qui grinçait, et du fait qu'on savait qui arrivait au son du grincement.

L'objet

Un objet tenu en main, pas photographié. Le poids, la température, l'usure. La clé de la cave, dans un tiroir chez sa mère : Élise se rappelle que la cave était interdite, et pourquoi.

L'odeur

Le déclencheur le plus violent et le moins contrôlable. Tu ne peux pas décider de la sentir, mais tu peux la provoquer : le même savon, le même café, le goudron chaud. Pour Élise, l'odeur de la marée basse à Lorient ouvre tout un été.

La musique

Une chanson entière, écoutée sans rien faire d'autre. Note ce qui arrive vers la deuxième minute. Élise n'entend pas une chanson, elle entend l'indicatif d'une émission de radio que sa grand-mère mettait à midi.

L'archive administrative

Un livret de famille, un bulletin scolaire, un contrat de location, un relevé de compte ancien. Ennuyeux, et c'est leur force : des dates que personne ne conteste, et chaque date étonne (« on avait déjà déménagé en 1979 ? »). C'est aussi la source qui tranche entre deux mémoires, comme dans écrire la biographie de ses parents.

La méthode des cinq sens

Une fois le souvenir remonté, tu l'interroges sens par sens. Une question chacun, réponse en une ligne, sans chercher à faire joli.

SensQuestionRéponse d'Élise (cuisine de Lorient, été 1975)
VueQuelle est la lumière, d'où vient-elle ?Jaune, par la fenêtre au-dessus de l'évier, l'après-midi seulement
OuïeQu'est-ce qu'on entend en continu ?Le réfrigérateur, et les mouettes quand la fenêtre est ouverte
OdoratQu'est-ce qui sent, même faiblement ?Le gaz, le beurre chaud, l'eau de Javel du samedi
ToucherQu'est-ce que je touche sans y penser ?La toile cirée, collante aux coudes
GoûtQu'est-ce qu'on mange ou boit ?Le lait chaud avec la peau dessus, que je détestais

Cinq lignes, dix minutes, et déjà plus de matière qu'une page de « c'était une cuisine chaleureuse ».

Consigner avant d'écrire : la fiche de lieu datée

Le piège est d'écrire la scène tout de suite, dans l'émotion, puis de la perdre dans un fichier. Consigne d'abord. Dans Sagoræ, chaque souvenir d'Élise va dans une fiche de lieu, datée, parce qu'un même lieu change d'une année à l'autre et qu'un livre de souvenirs se trompe surtout sur ça.

Fiche de lieu : cuisine des grands-parents, Lorient, été 1975 Déclencheur : odeur de marée basse, puis photo du perron. Objets : toile cirée à carreaux, radio sur le réfrigérateur, clé de la cave au clou. Personnes présentes : grand-mère (toujours debout), grand-père (assis dos à la fenêtre). Ce qui est sûr : la radio à midi, le lait chaud. Ce qui est flou : la couleur des murs (jaune ou crème ?), l'année exacte du nouveau réfrigérateur. Scènes possibles : le jour où j'ai renversé le lait ; la clé de la cave.

La rubrique « ce qui est flou » t'empêche d'affirmer plus tard ce que tu ne sais pas. Et quand tu passeras à la scène, la fiche te dira quoi montrer, comme l'explique décrire un lieu sans ennuyer.

Préciser sans combler

Il reste des trous. La tentation est de les boucher avec du vraisemblable : la grand-mère « devait » porter un tablier, la radio « devait » donner les nouvelles. C'est là que le récit de vie glisse vers la fiction sans le dire. Théo, dans Sagoræ, lit la fiche et pose des questions qui rendent le souvenir plus net : « Tu dis que ton grand-père était dos à la fenêtre : tu voyais son visage ou une silhouette ? » Il ne propose jamais de réponse. Si tu ne sais pas, écris « je ne sais plus » : c'est souvent une belle phrase.

T Théo · Critique de scène Démo pré-enregistrée

Théo lit le chapitre 7 de « La Nuit des Sabliers »

Toi

Voilà le chapitre 7. Iris retrouve son frère après six ans. J'ai l'impression que ça ne décolle pas.

Iris poussa la porte du café. Elias était là, à la table du fond, comme dans son souvenir. Il leva les yeux. Elle s'assit. Ils parlèrent pendant deux heures de tout ce qui s'était passé, et quand elle ressortit, la nuit était tombée.

Théo

Je comprends l'impression. La scène que tu annonces depuis trois chapitres (les retrouvailles) est résumée en une phrase : « Ils parlèrent pendant deux heures ». Le lecteur attend précisément ces deux heures, et tu les lui retires.

Trois choses que je remarque :

  • La tension disparaît à la deuxième ligne. « Comme dans son souvenir » rassure tout de suite. Qu'est-ce qui a changé chez Elias qu'Iris ne s'attendait pas à voir ?
  • Aucun des deux ne veut quelque chose dans la scène. Iris vient pour quoi, concrètement ? Une réponse, un pardon, de l'argent ? Sans objectif, la conversation ne peut ni réussir ni échouer.
  • Le premier échange n'existe pas. La première phrase qu'Elias prononce après six ans vaut plus que le résumé de deux heures.

Toi

Elle vient lui demander de témoigner au procès de leur père. Elle sait qu'il refusera.

Théo

Alors tu as déjà ta scène : une demande qu'elle n'ose pas formuler face à quelqu'un qui l'attend. Deux questions pour la réécrire, sans que je le fasse à ta place :

  • À quel moment exact Iris dit-elle le mot « procès » ? Tout ce qui précède ce mot, c'est de la tension ; tout ce qui suit, c'est le conflit.
  • Qu'est-ce qu'Elias fait avec ses mains pendant qu'elle parle ? Un geste concret remplacera avantageusement « il leva les yeux ».

Garde la nuit tombée à la sortie, c'est une bonne image de fin. Mais fais-la tomber sur un refus, pas sur un résumé.

Simulation pré-enregistrée d'un échange avec Théo. Le texte du chapitre reste celui de l'auteur : Théo n'en réécrit jamais une ligne.

Du souvenir à la scène

Avec la fiche, la scène s'écrit vite et sans mensonge :

« À midi, ma grand-mère montait le son de la radio posée sur le réfrigérateur. Mon grand-père, dos à la fenêtre, n'était qu'une silhouette avec une cuillère. Je regardais la peau se former sur le lait chaud en espérant qu'on m'oublie. »

Trois phrases, quatre sens, une date implicite. Ce qui suit (choisir les souvenirs qu'on garde, les ordonner autrement que par dates) est traité dans structurer un récit de vie par thèmes.

Questions fréquentes

Comment retrouver des souvenirs d'enfance pour écrire ? Par des déclencheurs extérieurs (photo, lieu, objet, odeur, musique, archive), jamais par la date. Puis interroge chaque souvenir avec les cinq sens et note les réponses avant d'écrire.

Que faire quand je ne suis pas sûr d'un souvenir ? Le noter comme flou dans la fiche, et le dire dans le texte. Un « je ne sais plus si » honnête vaut mieux qu'un détail plausible inventé.

Faut-il vérifier ses souvenirs auprès de la famille ? Oui pour les dates et les faits, avec les archives et les proches. Non pour les sensations : ton lait chaud détesté n'a pas besoin de témoin.

Si tu veux consigner tes souvenirs dans des fiches de lieux datées, avec un coach qui questionne sans jamais écrire à ta place, Sagoræ t'offre un essai gratuit, sans carte.

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